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Notes de Musicien

Klezmer : La voix d’un peuple

Pourquoi la musique Klezmer nous touche-t-elle autant ? Exploration d’un héritage musical sans frontières.
Klezmer - Clarinettiste adulte

Si vous avez déjà entendu une clarinette pleurer avant d’éclater de rire dans la même phrase musicale, vous avez croisé la route du Klezmer. Cette musique, née au cœur des communautés juives d’Europe centrale et orientale, est bien plus qu’un simple folklore : c’est une langue sans mots, capable d’exprimer l’indicible avec une virtuosité technique saisissante.

Une étymologie au service du geste

Le mot « Klezmer » est fascinant par son origine. Il vient de la contraction de deux termes hébreux : kley (instrument) et zemer (chant ou mélodie). Dans l’esprit traditionnel, le musicien n’est pas simplement un exécutant ; il est lui-même « l’instrument du chant ».

Historiquement, ces musiciens, appelés les klezmorim, étaient des professionnels itinérants. Ils voyageaient de village en village (les shtetls) pour animer les mariages (khosns) et les fêtes religieuses. Leur statut social était paradoxal : indispensables à la joie de la communauté, ils étaient souvent perçus comme des marginaux, des nomades dont le bagage était fait de mélodies glanées au fil des frontières.

Klezmer - Groupe de musiciens Klezmer Russe - Journal Foverts le 4 mars 1923
Klezmer – Groupe de musiciens Klezmer Russe – Journal Foverts le 4 mars 1923

L’instrumentation : du violon à la clarinette

Le paysage sonore du Klezmer a beaucoup évolué. À l’origine, l’ensemble traditionnel (la kapelye) était dominé par les cordes. Le violon tenait le rôle de soliste, soutenu par un cymbalum (instrument à cordes frappées) et une contrebasse. Le violon était choisi pour sa capacité à imiter les inflexions de la voix humaine, pilier central de l’esthétique juive.

Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle, sous l’influence des fanfares militaires et des progrès de la facture instrumentale, que la clarinette a pris le dessus. Sa puissance sonore et son agilité dans les registres extrêmes en ont fait l’ambassadrice idéale du genre. Aujourd’hui, elle partage souvent la vedette avec l’accordéon, qui apporte une texture harmonique et rythmique dense, indispensable pour faire danser les foules pendant des heures.

Le son de la voix : l’art de l’ornementation

Ce qui rend le Klezmer immédiatement reconnaissable pour un musicien amateur, c’est sa proximité troublante avec l’expression vocale. Contrairement à la musique classique occidentale qui privilégie souvent la pureté et la stabilité du timbre, le Klezmer embrasse ce que certains appelleraient des « imperfections » pour en faire des ornements.

On y retrouve des techniques spécifiques que l’on appelle le dreydlekh. Pour le soliste, l’objectif est d’imiter les micro-vibrations de la gorge. On utilise ainsi le krekhts (un petit gémissement étouffé en fin de note), les kneytshn (des sortes de sanglots) ou les glissandi qui rappellent les inflexions d’un cantor à la synagogue. On ne joue pas seulement une partition, on décline une grammaire émotionnelle.

Klezmer - Musiciens à un mariage, arrivée de la mariée, Ukraine, ca. 1925. Photographe : Menakhem Kipnis.
Klezmer – Musiciens à un mariage, arrivée de la mariée, Ukraine, ca. 1925. Photographe : Menakhem Kipnis.

Un système modal singulier

Pour les musiciens s’intéressant à la théorie, le Klezmer repose sur un système modal riche, souvent éloigné de nos modes majeurs et mineurs traditionnels. Le plus célèbre est le mode Freygish (ou « phrygien majeur »). Il se caractérise par une seconde augmentée entre le deuxième et le troisième degré, créant une tension dramatique immédiate.

On rencontre aussi le mode Misheberakh, avec sa quarte augmentée, qui apporte une couleur plus mystérieuse, presque orientale. Ces échelles permettent ce que les musiciens appellent la « joie dans la tristesse » : une capacité unique à faire cohabiter une mélodie mélancolique avec un rythme de danse effréné, comme la Bulgar ou la Freylekh.

Du Shtetl à l’Amérique : le choc du Jazz

Au tournant du XXe siècle, les persécutions et les vagues d’immigration vers les États-Unis ont radicalement transformé le genre. À New York, le Klezmer s’est confronté à la modernité. Les musiciens ont intégré des sections de cuivres et se sont imprégnés des structures du Jazz naissant.

C’est ici que s’est opéré un mariage de génie : les rythmes syncopés américains se sont mêlés aux mélodies ashkénazes. Des virtuoses comme Naftule Brandwein ont apporté une énergie « rock’n’roll » avant l’heure, tandis que Dave Tarras a poli le son pour l’adapter aux grandes salles de bal. Cette influence est réciproque : l’ouverture de la Rhapsody in Blue de George Gershwin, avec son célèbre glissando de clarinette, est un hommage direct au style des klezmorim.

Le Klezmer aujourd’hui : une résilience éternelle

Après un déclin au milieu du XXe siècle, le Klezmer a connu une renaissance spectaculaire dans les années 1970 (le Klezmer Revival). Aujourd’hui, il ne se contente plus de regarder le passé. Il fusionne avec le rock, le hip-hop ou la musique contemporaine.

Que vous soyez interprète ou auditeur, pratiquer le Klezmer, c’est accepter un voyage émotionnel sans filtre. C’est une musique de résilience, qui nous rappelle que même au milieu de l’obscurité, le rythme peut encore nous porter vers la lumière.

Retrouvez Lillie Daniel et Aurore Daniel, clarinettiste et violoncelliste, qui encadrent l’atelier Klezmer lors des séjours Accordissimo.

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